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Héraldique: seconde conférence de David Gattegno

David Gattegno nous parle à nouveau de l’héraldique dans son écrin historique et culturel.

Les érudits, les amateurs d’art armorial , les curieux et les apprentis vont être satisfaits de suivre la trame de la seconde conférence; comme toujours elle abonde de références propices aux recherches , de vues originales , tranchantes parfois à l’égard de possibles transgressions modernes.

 

Ci-joints et de manière exclusive , les transparents qui ont illustré le discours de David Gattegno.

Transparents-Conférence du 15 février 2017

Contenu de la conférence CI-DESSOUS

 

La parole des armoiries

par David Gattegno

 

La formule « armes parlantes » a beaucoup fait … parler, justement. C’est assez naturel, au fond. Cependant, j’assure que les gloses diverses là autour n’ont souvent parlé que pour ne pas dire grand-chose qui vaille réellement. Parce que cet aspect du blason est, en réalité, parfaitement secondaire.

Il s’agit tout bêtement des armes dont les figures correspondent au nom de leur possesseur – c’est prendre les choses à l’inverse de leur bon sens. Dans le même ordre d’idées on admet les armes dites « allusives », dans lesquelles les figures permettraient également, par à-peu-près cette fois, de retomber sur les mêmes pieds… On pense encore à des meubles agencés sous forme de rébus et autres approximations figurées sur l’écu…

Ce point de vue sur la lecture héraldique a beaucoup séduit, de deux façons, du reste assez contradictoires, du moins en apparence : d’une part, les plus rationalistes ont ainsi voulu réduire la composition des armes à l’expression froidement simplificatrice d’une sorte d’état civil, d’autre part, bien des fantaisistes ont trouvé à exercer en cette occurrence ce qui peut répondre à diverses appellations : « cabale phonétique », pour les uns, « langue des oiseaux », pour d’autres, « diplomatique », encore, « langue verte » ou, plus banalement, calembour, sans parler d’une conception de l’argot dont on trouve l’idée développée dans l’œuvre d’un incertain Fulcanelli, lequel voulait dire art goth, c’est-à-dire « gothique »… Quoique ce puisse sembler paradoxal à plus d’un titre, les fantaisistes et les rationalistes se rejoignent finalement, parce que, les uns comme les autres tiennent obstinément à ne pas prêter quelque oreille que ce soit à la voix de la Tradition quand elle s’exprime. Les analyses auxquelles cela a pu donner lieu varient de l’amusant au passablement intéressant, en ceci que, ici ou là, quelques spéculations peuvent ouvrir des champs fertiles à l’investigation intellectuelle.

 

J’ai évoqué la figure de Fulcanelli, sous l’enseigne duquel on a le mieux manifesté les réflexions de cette école, dont l’origine remonte à un « antiquaire », comme on désignait les amateurs éclairés des choses anciennes entre le XVIIe et le XIXe siècle, de son nom Claude-Sosthène Grasset d’Orcet. Il se trouve qu’un Limougeot – répondant à la signature compagnonnique de Limousin Espalier, juin 1997 – a publié la seule étude d’importance sur celui qu’il présente comme un dépositaire des secrets des maîtres de métiers, étude intitulée L’Art royal, trahison des clercs ? Les brisées de Grasset d’Orcet, parue en édition limitée, aux dépens de l’auteur, Limoges, 1999, préfacée par Philippe Guglielmi, ès qualités de « Sérénissime Grand Maître du Grand Orient de France » (1997-1999). Limousin Espalier et Guglielmi se partagent entre ce que le premier appelle « les activités libertaires et polémiques des sociétés de métier » et, le second, « la construction des institutions démocratiques dans notre pays »… Or, en dépit de l’aspect vulgairement rationaliste de ces deux considérations significatives, nous avons affaire à la plus pure fantaisie, tout simplement parce que les « sociétés de métier » évoquées n’avaient aucune autre activité que celle du métier, ce qui est amplement suffisant pour l’épanouissement le plus complet de l’esprit, et n’avaient en vue aucune autre « construction » que celle des chef-d’œuvre et autres ouvrages auxquels elles se consacraient entièrement. Toutefois, en dépit des considérations les plus rationalisantes, les plus réductrices, on aime se poser une question bien décorative : « Contes, légendes, devises, jeux de mots, demande le second, il y aurait là de la philosophie ? » Et il en vient à admettre ce qu’il appelle une « métaphysique populaire aux habits pittoresques, fondée sur les rébus et la cabale phonétique », ce que le premier tient pour être un « blason populaire, authentique art royal » dont, avance-t-il, la clef aurait été retrouvée par Grasset d’Orcet… Quelque fieffé fantaisiste qu’apparaisse Grasset d’Orcet, ses écrits ne manquent pas de sel dans leur copieuse érudition ; ils ont d’ailleurs constitué le fondement, d’ailleurs soigneusement tenu sous le boisseau, d’un grand nombre d’études suivantes, entre lesquelles on remarquera principalement le courant le plus « actif » de l’alchimie moderne, celle dont Fulcanelli est emblématique.

 

D’un autre côté, l’Histoire nous apprend que, en novembre 1796, Louis XIV fit promulguer un édit de réglementation du port des armoiries. Première conséquence majeure : suppression des juges d’armes au profit d’un système prétendument décentralisé de maîtrises territoriales, évidemment placées sous juridiction parisienne ; ainsi, se trouvait annulé tout droit d’armes antérieur. Désormais, quiconque portait armoiries devait être traité par la nouvelle juridiction ; elle observait les armes revendiquées, les vérifiait et les faisait entrer dans le nouvel Armorial général de France.

 

La plus grande nouveauté tenait en réalité à la fiscalisation de l’enregistrement, moyennant un droit de 20 livres, et ce, en raison d’un exploit nouveau, l’effort de guerre auquel il fut appelé pour la première fois dans le préambule à l’édit de 1700, qui disait :

« Entre les moyens auxquels les besoins de la guerre nous ont obligez d’avoir recours, celuy de créer et establir des offices pour connoistre du fait des armoiries nous ayant esté proposé, nous portasmes d’autant plus volontiers à l’accepter qu’il nous permet qu’en attribuant à ces offices des gages proportionnez à leurs finances, nous tirerions une partye des secours dont nous avons besoin. »

 

L’ancien juge d’armes Charles René d’Hozier entra en fonction comme garde de l’Armorial général.

La noblesse n’ayant aucun besoin d’enregistrement où que ce soit, les déclarations d’armoiries ne se trouvèrent pas aussi importantes qu’escomptées. Du coup, les caisses ne furent pas renflouées, ce qui amena le lancement d’une ouverture des armoiries à quiconque souhaitait en porter, puis, cela ne suffisant toujours pas, à l’enregistrement obligatoire de toutes, dont celles que le garde de l’Armorial général allait pouvoir inventer. Il s’ensuivit la création de nouvelles armes et la nécessité pratique de la mise au point d’un système lui permettant d’en composer rapidement tout en limitant les risques de similitudes. Ce qu’il sut faire, notamment en ayant recours à l’usage des rébus, à peu près et autres pléonasmes pour leur invention, ce qui lui aurait permis d’envisager, par exemple, pour le comédien actuel Bernard Lecoq, un gallinacé arrogant.

Le système d’Hozier déboucha sur la composition d’armes « en série », comme cela transparaît de manière assez caricaturale sur certaines pages de l’Armorial général.

 

Ainsi donc : séries industrielles, quasiment, et parlantes à tort et à travers, pour ainsi dire…

Il n’en reste pas moins que des chercheurs ont pu repérer de réellement anciennes armes parlantes. Sans doute, mais cela n’amène qu’à poser la question selon le mode de l’œuf et de la poule : le nom est-il antérieur ou postérieur au blason ? Les armes imposent-elles le nom, ou bien le nom donne-t-il le blason ?

Si la latinité connaissait praenomen, nomen et cognomen (le surnom), le monde germanique donnait un nom personnel, auquel était parfois adjointe une espèce de désignation qualificatrice, correspondant à ce que notre culture gréco-latine appelle l’« épithète homérique ». La chrétienté s’est souvent calquée socialement sur la Rome antique, mais, pour bien d’autres points, et non des moindres, elle a repris les usages celto-germaniques, entre autres, en matière onomastique.

Progressivement, dès le haut Moyen Âge, un nom transmissible vient accompagner l’identité individuelle, ce nom héréditaire semble confondre les nomen et cognomen latins, en ceci qu’il est apparemment élaboré à partir d’une donnée topographique, d’une fonction sociale, de caractéristiques physiques ou morales « de famille », ou d’un exploit quelconque, toutes particularités qu’expriment en premier lieu un blason, d’après lequel quelque nom aura été prononcé.

L’argot, quant à lui, récapitule tout cela, en employant le mot blase.

 

Nous avons donc dit « blason », assez naturellement, mais, au fond, sans savoir au juste ce que ce terme recouvre réellement… Le substantif « blasonnement » et le verbe « blasonner » donneraient un fil moins naturel à retordre s’il fallait que chacun d’entre nous en donnât une définition… Or, pour savoir ce que parler veut dire, il n’y a aucune autre solution que le recours à l’étymologie et à ce qu’un des plus grands poètes des trois derniers siècles, Novalis, recommandait dans son Europe et la Chrétienté : « […] apprenez à vous servir de la baguette magique de l’analogie ». Je vais employer ces deux outils pour tenter de clarifier en quoi consiste le blasonnement.

Pour l’étymologie la plus immédiate, on en appelle au latin ; moins habituellement, on remonte quelquefois au grec. Le sanscrit est devenu pour ainsi dire caduc, tandis que les autres langues antiques passent pour quasiment hors de propos. C’est bien dommage.

 

Or, il se trouve que « blason » et ses dérivés présentent la particularité de ne pour ainsi dire pas pouvoir être entendus d’après une étymologie courante ; il existe bien le verbe blazonare, mais il n’est que de très basse latinité médiévale, remontant seulement au XVe siècle, c’est-à-dire à la toute fin du Moyen Âge. Il signifie « gravé par le procédé du feu », ce qui correspond bien à l’idée que l’on se fait aujourd’hui du fameux bouclier orné de figures émaillées. Par ailleurs, il existe tout de même un verbe antique, blatero, à la racine très voisine de blason. Blatero a le sens non dénué d’intérêt de « bavarder, deviser, babiller », avec la subtilité supplémentaire d’une idée selon laquelle le discours tiendrait à n’avoir pas su tenir sa langue, à avoir laissé échapper quelque propos qu’il n’eût peut-être pas fallu tenir… On dit encore aujourd’hui « déblatérer », pour l’émission sans retenue de phrases blâmables. Par ailleurs, blatérer s’applique au bélier et au chameau, dont le cri est un blatèrement, et aussi, autrefois, à la grenouille et au crapaud, dont on disait qu’ils blatéraient aussi bien qu’ils coassaient. Bref, blatero comprend un sens ambigu entre le cri naturel et une espèce de puérilité dans le langage.

Mais, si l’on ne peut pas remonter à l’origine du mot blason par le latin, où faut-il chercher à la retrouver ? En relation avec blazonare, en certaines régions françaises, on emploie blazer pour « brûler », l’anglais ayant conservé to blaze pour « flamboyer », mais également, et cela nous ramène à blatero, c’est-à-dire à l’idée de parole, to blaze signifie « publier, proclamer »… Et il n’est pas indifférent de noter que to bless est « bénir ».

Cependant, en allemand, blasen est « souffler » dans un instrument de musique, c’est-à-dire produire un son par le souffle, ce que nous reverrons tout à l’heure lorsque nous rencontrerons le mot haleinée, dénommant la respiration donnant la cadence aux fragments de phrases prononcées par les juges d’armes et autres hérauts…

 

Blason intéresse donc, en premier lieu, la parole et, plus précisément, la parole tournant autour de la description, aussi bien pour louer que pour blâmer. Au XIXe siècle, blasonner s’employait pour « blâmer », tandis que, auparavant, on l’employait dans le sens inverse. Nous retrouvons là l’ambiguïté que nous avons relevée pour le latin blatero. Au XIXe siècle, la lexicologie la plus rigoureuse en vint ainsi à considérer le mot blason comme un mot, je cite :

« pris anciennement en France pour toute sorte de description, quelquefois pour éloge et quelquefois pour blâme et médisance. Blasen est l’origine de toutes ces significations, parce que, dans les tournois, on décrivait les pièces de l’écu, on louait, on blâmait les chevaliers » (Dictionnaire des origines inventions et découvertes de MM. Noël et Carpentier, 1827).

Cependant, en 1664, dans son Grand Dictionnaire historique ou le mélange curieux de l’histoire sacrée et profane, Louis Moréri arrêtait le mot blason à l’allemand blasen, donné comme signifiant « sonner du cor ou de la trompe », et, dit-il, on a pris de là le nom qu’on a donné à la description des armoiries, parce que, anciennement, ceux qui se présentaient aux lices pour les tournois sonnaient du cor pour faire savoir leur venue. Après avoir reconnu qu’ils étaient gentilshommes, les hérauts sonnaient aussi de la trompe ; ils criaient « à pleine gueule », disait-on, décrivant les armoiries de ceux qui se présentaient. Lorsqu’on avait paru deux fois dans ces tournois solennels, qui se faisaient en Allemagne de trois ans en trois ans, poursuit l’entrée du Dictionnaire des origines, la noblesse était suffisamment reconnue et blasonnée, c’est-à-dire, insiste-t-on, « annoncée à son de trompe par les hérauts ». C’est naturellement de là que vient l’expression maintenue en usage « annoncer à cor et à cri », parce que, on l’a compris, blasonner signifie proprement « sonner le cor » et, simultanément, « lancer le cri »… Il y a donc un aspect de la description qui apparaît sous forme musicale et j’oserai dire que c’est la plus pertinente, la plus signifiante… Cependant, nous nous rappelons parfaitement l’idée du blason en tant qu’image, encore un peu sous forme descriptive mais nous ne nous la rappelons plus du tout comme cellule sonore. C’est un grand dommage, car cela revient à concevoir cet art sous une forme estropiée d’une partie de son deuxième aspect et amputée de la totalité du troisième.

 

On pourrait même dire que l’image de l’écu armorié n’est que la version en quelque sorte utilitaire de l’objet héraldique, ce qui a conduit nombre de commentateurs à s’aventurer dans des assimilations hasardeuses, sans doute, mais qui trouvaient leur justification par le fait d’une mise en perspective de la seule image. Ainsi, d’un universitaire, qui a consacré beaucoup de ses recherches à l’héraldique et qui en est venu à déclarer que les panneaux de signalisation routière pouvaient parfaitement être assimilés à des écus, et ce, du chef que, dans le code de la route comme dans l’armorial, on observe des stylisations somme toute assez comparables… Utilitairement parlant, cela pourrait peut-être se justifier, pour peu seulement que l’héraldique eût été une utilité – ce n’est aucunement le cas.

L’héraldique est une expression supérieure, stylisée assurément, mais supérieure à n’importe quelle mode d’expression immédiat. Elle est « schématique », effectivement, mais, disant cela, on a tendance à oublier que le mot schéma est spécialement pertinent, certes, pour désigner une figure simplifiée sommairement représentative d’un quelconque objet envisagé, mais surtout, spécialement pertinent parce que, au Moyen Âge, ce mot schéma s’appliquait très spécifiquement à la représentation figurée de Dieu…

 

Par-dessus le marché, en hébreu, schema est en relation avec la « prononciation du Nom », si bien que, par association étymologique du grec à l’hébreu, dans certaines gloses médiévales, schéma en est arrivé à signifier « le nom imprononçable » et, simultanément, ce que l’on pourrait désigner par la formule « l’image inimaginable ». Du coup, l’idée d’une conception « schématique » prend une tout autre signification, signification susceptible de nous donner, grâce à « la baguette magique de l’analogie », une bien meilleure idée de ce que l’on doit comprendre du blason…

À la charnière des temps modernes que fut la Renaissance, quelques années paraissent pour certains comme en suspension, n’appartenant à aucun instant des temps modernes qui se sont pourtant effectivement ouverts. C’est le temps suspendu des Léonard de Vinci, François Rabelais, Jean Fouquet, Miguel de Cervantès, William Shakespeare, Torquato Tasso, Claudio Monteverdi, Heinrich Ignaz Franz Biber von Bibern, Thomas Tallis, et autres gens de cette espèce dont il est impossible de savoir au juste s’il faut les entendre comme des réactionnaires archaïsants ou les comprendre au nombre des avant-gardistes… En vérité, inspirés notamment par Platon, ces temps apparemment « suspendus » président à une tentative de restauration de ce qui est pourtant voué à la disparition et à l’oubli. Or, le blason appartient à cet ordre des choses que d’aucuns voudraient préserver d’un « Dommaigeable et penible deluge » dont, en fin de son Gargantua, Rabelais donne cette pronostication :

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Héraldique : La conférence de David Gattegno du 15 février 2017

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Le 15 février dernier, la conférence de David Gattegno a réuni deux fois plus d’auditeurs que la première.

Merci à celles et ceux qui ont assuré le succès de cette rencontre par leurs questions, et leur intérêt à comprendre diverses notions comme « écartelé » « sur le tout » et « sur le tout du tout »

Il a fallu démêler aussi les définitions d’écu, d’écusson, d’armoiries.

Incidemment, les questions ont permis d’aborder les couleurs et les métaux et le concept de meuble au naturel ; ainsi la tête d’ours est brune, un visage humain est couleur carnation, le merle étant noir…

David Gattegno a pu nous livrer son sentiment sur la pseudo-héraldique moderne que constituerait pour certains la signalisation routière au motif que celle–ci reprend les règles des couleurs en Héraldique.

Mais en dehors de cette parenté bien éloignée avec l’Héraldique ; la voix, le blason, le cri, la musique participaient essentiellement à l’identité d’un chevalier puis d’une personne et ne constituaient en rien un corpus de règles utilitaires du vulgaire.

Soutenir une analogie de l’héraldique avec la signalétique routière procède plutôt d’un anachronisme (toujours fâcheux) en dépit de la similitude de règles concernant l’arrangement des couleurs.

Les échanges nous ont permis de découvrir des travaux d’interprétation héraldique en cours relativement à des vitraux méconnus. Un échange de vues très différentes a eu lieu à propos de Don Quichotte et de son auteur Cervantès.

Des interrogations symboliques ont reçu sur le champ des réponses éclairantes comme celles de la présence (rare) de lévriers en Héraldique. Au passage, nombreux furent celles et ceux qui furent surpris d’apprendre que le lévrier ne relevait pas complètement de l’espèce canine – du constat de l’instabilité des caractères de croisement des races lévrières et canines-.

Certes, vous auriez dû être là, cependant rien n’est perdu : vous allez pouvoir suivre la conférence du 15 février sur un article prochain…

Votre Rendez-vous Littéraire et Artistique du 15 février 2017

la-plume-de-lepeeAu Café Littéraire de Limoges

( proche BFM)

Mercredi 15 février 2017 à partir de 17h45

Ce qui vous est proposé :

Un moment rare que vous aimerez faire partager

Le 17 janvier dernier, vous avez découvert  la lecture,  le sens  et les emplois de l’héraldique à l’occasion de la première conférence de

David Gattegno .

Les origines  jusqu’aux tous premiers prémices y furent  aussi dévoilées grâce à  l’érudition du conférencier qui nous amena sur des rivages de l’histoire ancienne , de l’étymologie… autant de domaines dans lesquels nos connaissances butent aujourd’hui sur ces mystères qui bornent nos savoirs .

Le Mercredi 15 février prochain, la suite de la conférence va être tout aussi dense à propos du blasonnement, qui, comme on ne le sait peut-être pas, intéresse les formules verbales censées décrire l’image. Dans ce cadre, des surprises de taille attendent beaucoup d’entre nous à propos des armes parlantes. Ce qui nous conduira à découvrir ‘le parler des armoiries’, ce qui permettra d’aborder les origines de « la parole des armoiries » et, ainsi, d’apprendre à entendre « la voix du blason ».

Le mercredi 15 février 2017 à partir de 17h45, au Café Littéraire près la BFM de Limoges,  étonnez-vous en revenant sur une véritable tradition française, trop méconnue.

Vous pouvez retrouver  le contenu de la première conférence en recherchant un précédent article sur ce  site.

 

 

 

 

Conférence du 18 janvier 2017 de David Gattegno

01-geoffroy-plantagenet-pl-aque-de-cuivre-emaillee-xiie-s-saint-julien-du-mans-eglise-cathedrale-bd(Mis à jour , voyez en bas du présent article)

L’Itinéraire héraldique

par David Gattegno

Les maîtres mots de ce que nous allons évoquer n’appartiennent pas au vocabulaire de la bienséance moderne : Tradition et Identité.

Évidemment, je pourrais égrener les différents aspects du blason, réciter les noms les plus pittoresques de certains meubles et figures et faire état des fameuses « règles » qui proscrivent la superposition couleur sur couleur, métal sur métal comme celles des fourrures ou pannes… Les amateurs pourraient alors ainsi trouver matière à discuter la présentation de tel ou tel autre aspect, chacun aurait encore loisir de faire éventuellement assaut de ses aperçus propres, et ce, afin d’en arriver à réduire à la versatile raison du moment ce qui n’a rien à voir avec elle.

L’héraldique relève d’une très pure tradition et, en dépit du fait que l’on n’ait pas à remonter plus haut qu’aux alentours des XIe-XIIe siècles, l’origine de cette application se perd dans la nuit des temps. Il s’ensuit une première contradiction : l’histoire héraldique est, somme toute, assez récente et elle obéit à des principes tellement anciens qu’ils ne sont pas accessibles à la recherche ordinaire et, par conséquent, impossibles à dater, ne serait-ce qu’approximativement. Il s’ensuit que les seules traces pouvant répondre à une volonté de datation remontent à la période appelée Antiquité – principalement, la grecque, et, pour partie, celle germano-scandinave.

Il est absolument fondamental de bien tenir compte de cette antiquité pour ainsi dire « intemporelle ». Car cela donnera la compréhension d’un phénomène qui pourrait prêter à confusion. Ce phénomène est celui de l’adaptation des données les plus archaïques aux dispositions de ce qui est actuel, sans que ces plus anciennes données en soient le moins du monde affectées. Il ne s’agit donc nullement de ce que l’on appelle une « évolution », et il faudra que nous nous excusions les uns les autres d’employer quelquefois le verbe « évoluer », de manière réflexe, à la place d’un terme mieux adapté.

Historiquement parlant, au sens où l’on entend généralement le terme, l’héraldique remonte au temps de cet homme-là : Geoffroy V Plantagenêt – quelquefois dit « Le Bel » –, comte d’Anjou, figuré sur cette plaque de cuivre émaillée du XIIsiècle. La trace documentaire la plus ancienne dont nous disposons remonte à un tournoi auquel participa un proche ancêtre à lui : l’an 1049, le comte d’Anjou et le duc de Normandie eurent à s’affronter. Or, est-il rapporté, avant le combat, Anjou et Normandie se firent respectivement déclarer leurs couleurs : vêtement, robe du cheval et décor du bouclier.

Aujourd’hui, pour la plus grande satisfaction de la plupart de nos contemporains, au vague regret de certains autres et pour le désespoir assumé de quelques-uns, dont je fais partie, de pareils comportements ne riment rigoureusement plus à rien, sans parler de l’incongruité d’une aussi inouïe tenue vestimentaire… Néanmoins, chacun s’accordera pour reconnaître avec moi qu’il persiste une impression de profonde beauté dans cette remarquable effigie et que son expression est toujours apte à ravir le regard…

En fait, les organes de nos cinq sens, et très particulièrement yeux et oreilles, interprètent sensiblement la réflexion d’un état intellectuel. L’héraldique « convoque » ceux de la vue et l’ouïe, grâce auxquels on saura se mettre en état de déchiffrer le langage du blason des armoiries. Pareil état d’esprit adopté n’est pas aussi totalement étranger à notre époque que l’on serait tenté de le croire, du moins non étranger à certains des temps, au fond, non si tellement éloignés des nôtres que le monde moderne voudrait que nous fussions plutôt enclins à l’imaginer.

Preuve fournie maintenant par les physionomies de ces deux fiers et humbles guerriers, photographiés à la fin du XIXsiècle… L’un appartient à un clan japonais dont j’ignore le nom, l’autre, à une tribu sioux… Clan nippon, tribu peau-rouge, lignage franc, voilà trois nuances culturelles pour une seule et même notion spirituelle : l’identité de l’individu au sein de la communauté humaine, et ce, dans le rapport entretenu avec le divin. Convenons-en : ce n’est pas exactement rien.

Je vous affirme que ces trois guerriers sont rigoureusement de même nature, de même stature, de même parure, et ils sacrifient – c’est le terme – exactement au même idéal, ainsi qu’en témoignent les beautés respectives qu’ils offrent à notre admiration.

En comparaison avec notre héraldique médiévale, nous pouvons trouver dans le Japon traditionnel nombre d’éléments très approchants, représentés tant par l’armement proprement dit que par ce que l’on appelle les mon (dont voilà quelques-uns sur des bannières). De manière quasi rigoureusement semblable, les peuples nomades, aussi bien des banquises, des steppes et toundras, des déserts, des plaines que des montagnes et des forêts, notamment les Peaux-Rouges, ces peuples donnent un nom totémique à leurs progénitures, nom parfaitement superposable en qualité à ce que représente pour nous le blason ; ainsi de Petite Fumée, Cheval fou, Taureau assis

Le pectoral du guerrier sioux qui se présente à nos yeux répond aussi à son appellation, qui est Collier d’os.

Ainsi donc, en premier lieu, il s’agit de se faire annoncer, soi-même et ses ancêtres, avant d’entrer en lice – présentation correspondant sensiblement à la déclaration de ce que l’on appelle ses « quartiers de noblesse », figurés ainsi, selon un arbre inversé par rapport à celui de la généalogie – dans celui présenté aujourd’hui, l’héritier figure à la naissance du tronc, non l’ancêtre… Mais pourquoi y a-t-il lieu de recevoir un renseignement transmis oralement, destiné au temps de l’oreille, alors que les yeux auront loisir tout à l’heure de voir en l’espace d’un instant ce qui est ainsi annoncé ?

La question n’a guère été posée par ceux ayant étudié les textes qui rapportent ces genres d’événements.

En fait, la question n’entre pas dans le cadre du point de vue documentaire, parce que pareille question tient exclusivement au domaine de l’action ; du coup, y répondre disposerait à reconsidérer l’idée de l’action selon des perspectives irréductibles à la recherche scolaire. Or, si on se prenait à considérer ces perspectives, cela aurait notamment pour effet de remettre sur ce qu’Antonin Artaud appelait « la table de dissection » tous les lieux communs de l’anatomie mentale moderne qui tournent autour de l’idée de guerre.

Il ne s’agit évidemment pas de la très vilaine et malsaine guerre au sens où le terme a commencé à vouloir être entendu sensiblement à partir de la Renaissance, jusqu’à s’imposer avec les violences faites aux individus et aux peuples par la Révolution et l’Empire, mais le combat, tel qu’il est envisagé par toutes les traditions régulières et tellement bien exprimé par ces versets de la Bhagavad Ghîta : « Tu es commis à agir, mais non à jouir du fruit de ton acte. N’aie pas d’attirance pour l’agir, mais n’aie pas d’attirance non plus pour le non-agir. »

Un peu plus après, il est déclaré que ne pas livrer le combat constituerait finalement un crime… Or, chacun sait plus ou moins que ce texte, tiré du gigantesque Mahabarata, a servi au XXsiècle pour établir la théorie de la « non-violence », et ce, par le passablement inquiétant personnage connu sous le nom de Gandhi et célébré par touts les mieux tenants de la pensée occidentale moderne. Si bien que les idées actuelles tournant autour de cette fumeuse « non-violence » ne sauraient guère apporter la moindre idée réelle de ce qui doit nous effrayer le plus, entre le combat contre un adversaire dûment identifié pour ce qu’il est et un autre combat, contre un adversaire non identifié, cette fois, adversaire qu’il convient de fuir, de ne jamais chercher à affronter directement, sauf à user d’un stratagème guerrier extrêmement subtil. Or, pareil stratagème pourrait très certainement relever de l’économie héraldique. Il ne saurait certainement pas trouver à être défini ou déterminé en quelques explications, en raison de sa complexité, et, simultanément, seule la plus parfaite simplicité – le Moyen Âge disait franche simpleté, la religieuse béguine du XIIIsiècle, Marguerite Porete parlait encore plus puissamment des « âmes simples et anéanties » – seule, la plus parfaite simplicité peut en faire jouer les ressorts. Et c’est cela que met en action la discipline du blason – ce qui ne peut être perçu que par intuition…

Je reviens à la question du motif de la déclaration orale préludant au combat. La Grèce antique parlait de la jactance, dont on trouve trace explicite, selon mon souvenir, dans la tragédie de Sophocle Les Sept devant Thèbes (à vérifier) et dont on aura un bel exemple dans le film réalisé par Abel Gance, D’Artagnan et Cyrano, quand Cyrano vient à bout d’un grand essaim d’adversaires lui ayant tendu une embuscade au détour des rues sombres de Paris ; il l’emporte grâce au mordant de son épée, sans doute, mais tout autant par la force tonitruante de son verbe, qui navre tout autant que tranche la taille et perce l’estoc.

Nous savons parfaitement que les armes des guerriers étaient censées devoir inspirer la plus grande inquiétude chez l’adversaire, et ce, par l’exercice de la frayeur. D’où les casques timbrés de défenses menaçantes et les masques grimaçants, arborer pour … méduser

La mythologie grecque donne l’exacte origine de l’exercice de frayeur dans le combat singulier, et de la transmission de celle-ci : le héros Persée sort vainqueur d’un combat normalement perdu d’avance contre Méduse, celle des trois Gorgones qui, outre l’exercice épouvantable du cri, qui abomine l’oreille, pouvait frapper de sidération par le seul regard quelque œil qui eût osé la défier.

Assisté de Pallas Athéné, préservatrice des héros, Persée sut comment se soustraire à l’épouvante. Il parvint à s’en préserver, notamment en en détournant le rayon à l’aide d’un bouclier, dont certaines versions du mythe disent qu’il était poli comme un miroir. Il trancha la tête du monstre, l’empoigna par sa chevelure en nœud de serpents et chargea incontinent sa personnalité du trophée conquis, c’est-à-dire qu’il le plaça sur son bouclier, précisément, et, simultanément, le dévoua à sa tutelle, Pallas Athéné, qui avait activé sa victoire. Ce trophée mémorable, la Grèce antique le désigne comme épisème, qui peut se traduire par « signe distinctif », et qui doit principalement s’entendre en qualité de « signe destiné à faire forte impression », en quelque sorte.

Toutefois, le bouclier portera finalement la figure de Pégase, le cheval ailé qui venait de naître du ruisseau de sang s’écoulant de la plaie, Pégase, qu’il prit pour monture au passage, tandis que, en vérité, le chef tranché de Méduse, appelé Gorgoneion, devint essentiellement l’épisème de Pallas Athéné, sur son bouclier, qui, dès lors, entre en confusion avec sa cuirasse tout entière. Dès lors, cet ensemble répond au nom d’Égide, d’où le titre d’Athéna Porte Égide.

Cette assimilation du bouclier à la vêture tout entière que nous enseigne le mythe, nous dit pour quelle raison les grands armoriaux figurent les armes des nobles personnages blasonnés selon une ordonnance rendant pour ainsi dire kaléidoscopique l’identité répétée, comme entre deux miroirs réfléchissant une image indéfiniment reproduite dans le fond des surfaces face à face, identité répétée des figures frappant les cotes d’armes, les écus et les harnois des chevaux.

Il faut encore dire que cet exploit n’a finalement pas été celui d’une personne, ni même celui de la déesse, mais le triomphe de Zeus, car, fût-elle portée par Athèna, ce qui en est la représentation mémorable, l’Égide, revient à Zeus seul… Ce qui signifie que toute victoire ici-bas, pour quelque chevalier réellement valeureux, retourne exclusivement à Dieu, le Créateur de toutes choses. Ce qu’exprime très explicitement le distique du psaume, devenu pour cela une formule de la chevalerie templière : Non nobis, non nobis, Domine, Sed nomini tuo da gloriam – Non pas à nous, non pas à nous, Seigneur, / Mais à Ton Nom, donne la gloire ! »

Cependant, comme marque de la frayeur que leur bravoure peut inspirer, l’iconographie de la Grèce antique a porté à notre connaissance l’existence d’autres guerriers considérés comme dignes d’arborer à leur tour le Gorgoneion sur leur bouclier, ainsi d’Ajax, et d’Achille, et de bien d’autres encore qui ne sont pas tous précisément reconnus sur les figures où on relève le « signe de distinction ». Comme quoi, quelque chose que l’on pût s’imaginer et contrairement à force idées reçues, il est parfaitement possible que le même « signe destiné à faire forte impression » fût octroyé à plus d’une personne. Ce, parce que : non pas à l’une et aux autres personnes, non pas, mais à la gloire du Seigneur ; et le Seigneur se tient dans le Temple ; et le Temple, c’est l’Homme.

Une anecdote, à peine reculée dans le temps et à proximité dans l’espace, vient compléter ces éléments portant à la compréhension des données guerrières subtiles que l’on s’efforce de présenter. Elle provient des souvenirs d’un poète et littérateur français, mort quasiment fou au début des années vingt, mort de désespoir et de chagrin, après que ses trois fils eurent été successivement tués durant les horreurs de la boucherie de 14-18, qui n’avait rien d’une Guerre au sens noble de terme. J’en appelle à Léonce de Larmandie, dont les mémoires sont très précieux pour l’histoire de la littérature française au tournant des XIXe et XXsiècles. Il rapporte comment il est arrivé que le grandissime écrivain Auguste Mathias Villiers de l’Isle-Adam eût à se rendre sur le pré un beau matin. Il avait appris qu’un autre individu se faisait appeler de son nom et portait mêmes armoiries. Ils ont convenu de se rencontrer pour trancher le différend selon les usages : dans le sang. Avant de rompre le fer, ils s’entre-présentèrent, évidemment, comme il se doit, et voilà que, au lieu de s’offusquer ou de s’effrayer l’un l’autre, ils découvrirent quelle intimité intellectuelle, spirituelle, quelle intimité de sang, justement, il existait en fait entre eux… Du coup, ils se sont entre-reconnus les droits pleins et entiers pour être tous deux ce qu’ils disaient être, et se sont autorisés l’un l’autre à se nommer du nom, à porter le titre et, donc, à arborer les blasons disputés. Ainsi, plus de deux mille cinq cents ans après les derniers exploits de l’antiquité grecque, il reste toujours parfaitement opératif qu’une seule et même armoirie vête plus d’une et autant de personnes dont il semblera nécessaire à la mémoire de célébrer la noblesse.

On peut légitimement se demander encore s’il ne pourrait pas suffire de « crier » ses armes pour trancher le combat, aussi promptement qu’il a pu l’être par les comtes Villiers de l’Isle-Adam – d’où l’exercice impérissable de la jactance. Quelquefois, la crierie a pu suffire, en effet. Une fois encore, le Japon traditionnel va porter l’exemple…

Deux samouraïs doivent s’affronter. Au matin, ils s’arment. Et puis, juste avant de se découvrir l’un à l’autre, ils lancent chacun à leur tour un cri, par manière de présentation. Il est rapporté que le cri a suffi quelquefois. Ainsi, ayant crié soi-même et entendu le cri d’autrui, le potentiel vaincu s’est reconnu, et l’on sait qu’il est arrivé que celui-ci se donne la mort, l’échange de cris ayant ainsi valu plain et entier combat.

Il n’y a aucune morale proprement dite à retirer de ces aventures, aucune explication à donner pour la coexistence de deux identités réputées uniques, aucune autre à fournir pour la mort héroïque du samouraï vaincu. Ce sont des événements qui peuvent enseigner, voilà tout. Et c’est ainsi que je les donne. Et ils enseigneront quiconque accepte pleinement l’enseignement de la question que nous étudions.

L’héraldique s’est employée à discipliner quelque chose dont, jusque-là, la simple nature se suffisait à elle-même, dans la mesure où « cela allait sans dire »… Mais il est arrivé un moment où, pour que cela aille encore un peu, il est apparu que ce pourrait aller mieux « en le disant », et en le disant plus explicitement… Il a, en quelque sorte, fallu cultiver cette nature, afin qu’elle sache encore donner quelques produits ; cultiver, mais sans pour autant tomber dans la redondance.

Ce dont il est question est bien l’identité, non seulement intellectuelle, mais désormais devenue culturelle et, par conséquent, familiale, tribale, nationale et raciale, n’en déplaise aux tenants des melting-pots socio-académiques et autres multiculturalistes, qui répugnent à admettre l’existence d’une hiérarchie entre la musculation et l’éducation, entre autres.

Cette discipline a pris le nom de blason, vraisemblablement non sans raisons étymologiques diverses, mais nous n’en parlerons pas encore.

Ce qui structure le blason, c’est évidemment le bouclier ou, plus exactement, ce que l’on appelle l’écu et qui, plus techniquement et tardivement, répondra à la désignation de table d’attente.

On comprendra donc que la forme de l’écu est une condition fondamentale, mais il y aura simultanément lieu de comprendre que maintes des formes imaginables sont virtuellement admises. Tout l’art consistant à faire coïncider l’unicité de ces fondements avec la multiplicité et la diversité. Ce n’est pas un des moindres paradoxes dans les applications des normes héraldiques que celui de l’étrangeté formelle immédiate qui préside à son adaptation à une foule de conditions. Et, au fond, c’est le paradoxe le mieux venu pour saisir d’un seul tenant l’art du blason.

L’écu accepte donc toutes les formes, depuis celle rigoureuse dite « en bannière », strictement carrée, jusques aux lignes baroques des héraldiques germano-baltiques, en passant par le tracé maîtrisé de l’écu dit « français ».

00-Écus, émaux, casques & couronnes

Tracé maîtrisé, en effet, parce qu’il résout les paradoxes observés dans sa conception même. Il est légèrement oblong, juste fuselé et, pourtant, il obéit manifestement au carré directeur… La preuve en a été géométriquement apportée dans le courant du XXsiècle, au sein d’un courant de pensée dont on ne peut pas savoir au juste s’il a été régulièrement rattaché à une chaîne authentiquement traditionnelle. Mais là n’est pas la question du jour. Toujours est-il que c’est dans ce courant de pensée qu’est apparue la construction géométrique simple exposée maintenant. Sans le dire explicitement, elle veut rattacher l’écu d’arme à l’art des bâtisseurs, ce qui n’est pas aussi rigoureusement exact qu’il y paraît. Mais, encore une fois, là n’est pas la question, seulement, je ne pouvais pas m’abstenir de cette allusion.

Ce procédé de construction n’est probablement qu’une fantaisie vingtième-sièclarde, mais une fantaisie assez bien inspirée pour être retenue comme probante, notamment parce qu’elle peut se trouver administrée comme un excellent remède à la rationalité, laquelle, de son côté, avait su proposer un écu devenu « classique », tellement commode d’emploi qu’il a été le plus fréquemment retenu entre tous les autres, si bien que sa pointe « en accolade » a pu passer pour le nec plus ultra du délinéament armorial, alors qu’il s’agit tout simplement du renversement d’une fenêtre gothique dont le linteau de soutien se retrouve en position d’appui, ce qui se révèle fort contre-productif.

La « commodité » sait faire valoir sa praticité, si bien que je vais employer cet écu-là pour donner à observer la véritable et originelle structure de l’écu, afin d’introduire la compréhension de celui-ci selon la notion essentielle à concevoir, la notion de demeure, c’est-à-dire, d’aucuns l’auront compris, l’idée de temple. J’emploie le terme demeure parce que la construction dont il s’agit dépend de la croix, en général, et, plus spécifiquement, de celle appelée « croix de la demeure », structure de tous les bâtiments ayant vocation à réfléchir le Ciel sur Terre, ou bien, Dieu en l’Homme, dernier reflet qui, s’il est en analogie parfaite avec le précédent ne saurait lui être assimilé pour autant, puisque, d’un côté, nous avons un édifice de pierre et de mortier, de l’autre une créature d’argile et de souffle ou, pour le dire plus physiquement, de chair et d’os.

Voici la croix de la demeure : quatre équerres disposées aux angles, libérant l’espace d’une croix grecque et marquant les quatre cantons. Et voilà ce qu’elle détermine essentiellement : un carré divisé en neuf secteurs. C’est le plan par excellence de la Demeure. On retrouve ce plan scrupuleusement conservé dans nombre de bâtiments sacrés, de la Chine à la Jérusalem du premier temple, en passant par les temples du feu de l’Iran, et au-delà de l’Atlantique, dans les cités précolombiennes, qui étaient encore conçues tout entières comme un seul temple…

Par ailleurs, cette structure régule également l’agriculture et donne leur mesure aux champs labourés, voilà pourquoi, sans doute, le fond de l’écu est-il désigné comme le champ. Un des exercices rituels du souverain chinois consistait justement, chaque année, en une entreprise de labour qui était censée apporter la prospérité à tout l’Empire. En France, au moins une fois, le souverain agit exactement de même, probablement inspiré par les informations apportées par la formidable entreprise des jésuites en Chine un siècle plus tôt. Ainsi donc, l’an 1769, le Dauphin, futur Louis XVI, se montra conduisant une charrue, et on reproduisit la scène afin qu’elle fût retenue comme mémorable.

La figure que voilà régule donc l’architecture du temple, la culture de la nature et enfin, surtout, devrait-on dire, la marche des royaumes… C’est dans la Chine ancienne que l’on peut trouver de la manière la plus clairement exposée tout ce qu’il est nécessaire de savoir à ce sujet, et qui concerne totalement l’architecture, la nature, la culture de l’écu et quelle démarche il convient d’adopter à cet endroit. Nous recourons à la Chine ancienne, parce que les informations équivalentes conservées en Occident ont été entretenues de manière délibérément fragmentaire, afin d’établir le détestable culte des faux secrets, culte qui n’a servi qu’à rendre hermétique jusqu’à l’entendement des pseudo-gardiens le premier mot de ces pseudo-secrets. C’est ainsi que le carré dont nous parlons est bien connu dans la tradition occidentale, en tout cas jusqu’à la période romaine, carré que les confréries pythagoriciennes employaient aux fins qui étaient les leurs, généralement, celles des bâtisseurs, en effet. La maçonnerie et le compagnonnage ont un beau jour voulu dissimulé au « profane » ce que ces deux sociétés croyaient leur être réservé en exclusivité, et cette entreprise de dissimulation a tellement bien réussi que les membres de ces sociétés eux-mêmes en sont arrivés à ne plus savoir exactement où ils en étaient et de quoi il retournait en définitive. D’où, donc, le recours à la Chine ancienne qui n’a jamais eu la moindre intention de dissimuler quelque chose que ce soit à quiconque, tandis que les appelés « profanes » en telle ou telle autre matière se gardaient bien d’aller pécher dans des eaux qui n’étaient pas les leurs. Car, en bonnes sociétés, les vaches sont bien gardées.

Vers le troisième millénaire avant Jésus-Christ, la Chine était divisée en neuf provinces, et ce, suivant la disposition géométrique de ce carré qualifié de magique, du moins en Occident, depuis une époque assez récente. Pour l’anecdote « historique », sachons que cette disposition est attribuée à l’empereur Yu le Grand (Ta-Yu), dont le nom répond exactement à celui du souverain celtique originel Hu le Grand (Hu-Gadarn). Ainsi, la Chine était-elle considérée comme un carré parfait, cependant, elle ne l’était évidemment pas, très exactement comme l’écu, selon les formes qu’il peut affecter ici ou là, hier ou aujourd’hui… Le lieu de résidence de l’Empereur était la province centrale, appelée « Royaume du Milieu », d’après le nom de laquelle l’empire entier était dit, comme chacun sait Empire du milieu. Le roi chinois est dit Wang. Selon les principes régulateurs, le lieu de résidence du Wang devait affecter exactement la même configuration que le territoire tout entier, c’est ainsi que le palais royal, appelé «  Temple de la Lumière » (Ming-Tang), était configuré très exactement ainsi. C’est-à-dire qu’il comprenait neuf salles, disposées exactement comme les neuf provinces, idéalement, comme on l’imagine, mais, pratiquement, au lieu d’être des carrés parfaits, le Ming-Tang et ses salles présentaient des rectangles plus ou moins allongés, les rapports des côtés de ces rectangles variant au cours des dynasties. Cela très exactement comme l’écu d’arme, qui se présente sous un aspect plus ou moins allongé…

Mais, en tout état des rapports entre les côtés de ces rectangles, la conception centrale est toujours de nature carrée, et ce que l’on appelle les Points de l’écu, quelque surface qu’ils puissent occuper dans la réalité de tel ou tel autre blason, n’en restent pas moins conçus comme distribués très symétriquement autour du centre, et selon un ordre chiffré. Dernière chose que nous avons observée aujourd’hui, dernière clef permettant d’aborder le blason des armoiries en ayant ouvert les bonnes portes et arpenté le terrain selon le bon itinéraire.

Nous vous livrons les planches héraldiques appropriées prochainement : Bravo ! vous êtes revenus les consulter :

Conférence du 17 janvier 2017/ Transparents-Heraldique

 

David Gattegno, l’enchanteur vous initiera à l’Héraldique (2éme partie) le mercredi 15 février 2016.

 

Café littéraire-BFM

S’il te plaît… dessinesmoi un  blason.!

00-Écus, émaux, casques & couronnes

03 – Différentes formes d’écu. Les émaux (couleurs, métaux & fourrures). Les casques et couronnes héraldiques.

04-aigle-suaire-abbaye-de-saint-germain-dauxerre-bd

04 – Aigle du suaire de l’abbaye Saint-Germain d’Auxerre (Xe siècle). La composition est manifestement de style «héraldiq

Info relaye l’annonce de la première partie de la conférence de David Gattegno sur l’héraldique. (18 janvier 2017)

http://www.info-mag-annonce.com/journal/haute-vienne/haute-vienne/hv-loisirs/hv-musique/musique/voyage-heraldique/222974

Nous  vous  attendons nombreux au Café littéraire situé dans l’enceinte  de la BFM de Limoges..

David Gattegno, l’enchanteur vous initiera à l’Héraldique (1) le mercredi 18 janvier à 17H30 et (2) le 15 février 2016.

Café littéraire-BFM de 17H30 à 19 heures.

S’il te plaît… dessines-moi un  blason!

• À quoi et à quand remonte l’usage de ce que l’on appelle «blason», «armes», «armoiries», … ? En tout cas, la documentation certifiée répertorie un événement de l’année 1049. S’il n’est «fondateur», du moins, il atteste la pratique. Depuis le XVIIIe siècle, il est définitivement admis que les choses se seraient constituées et codifiées à la fin du XIe siècle, par le fait des Français, qui ont mis en ordre les données et, ajoute-t-on, «qui en ont fait un art».

• Les éléments strictement documentaires suffisent-ils à ce que l’on puisse concevoir de quoi il retourne réellement, tant au point de vue de la datation que de la fixation d’un usage ou des emplois ? Il ne le semble pas. L’héraldique fut-elle répandue dans le monde, outre Europe ? Non. Au strict sens de l’«art», l’héraldique est chrétienne, sociologiquement et intellectuellement.

• Ce que l’on peut trouver dans la Grèce antique, par exemple, ou au Japon, avec les mon, pour apparemment semblable que cela puisse paraître, ne constitue en rien quelque similitude, mais seulement une analogie avec la science singulière du blason.

• Outre les règles et codifications, quelquefois extrêmement rigoureuses, il existe des aspects «insoumis», pris en compte par les règles et codifications. Ce sont les principes fondamentaux, irréductibles à quelque règle ou codification que ce soit. Ces principes sont tout à la fois astronomiquement plus rigoureux que les plus sévères règles et providentiellement plus libérateurs que tout affranchissement. L’héraldique implique l’application soutenue de cet apparent paradoxe…

• Le langage héraldique s’exprime par l’image — c’est l’écu armorié ou blason — et, ce que l’on sait beaucoup moins (voire pas du tout), par le son — ce sont les armes criées ou blasonnement.

• L’héraldique obéit en tout et pour tout à ce que le Moyen Âge appelait la franche simpleté, à quoi le blason veut conformer son titulaire. Il s’agit d’exposer une réduction de la personne considérée à la plus simple «expression» de celle-ci et, par cet exercice même, de l’élever à la plus haute distinction.

Et aussi : https://livresettoiles.wordpress.com/2017/01/11/info-relaye-lannonce-de-la-premiere-partie-de-la-conference-de-david-gattegno-sur-lheraldique-18-janvier-2017/